Une uchronie, c’est un récit qui imagine l’Histoire (la grande) en partant d’un point de divergence, comme un événement majeur qui ne se serait pas produit (la défaite de Napoléon à Waterloo par exemple) ou, au contraire qui aurait eu lieu (vous, premier de la classe 😉). Ces dernières années, l’uchronie est devenue très tendance dans la littérature de fiction.

Une histoire alternative, c’est donc ce qui aurait pu être si un moment clé de notre trame historique avait connu une issue différente de celle que nous connaissons. Genre, Napoléon victorieux à Waterloo (une autre histoire de l’Europe…), Hitler assassiné en 1939 (ou reçu aux beaux-arts en 1908), l’Europe conquise par les Ottomans…

Si cette approche originale vous parle et que vous voulez y goûter sans trop savoir par quoi commencez, voici une sélection des uchronies préférées de la rédaction de WeFuzz.

De la Grande peste à la Seconde Guerre mondiale

Fatherland (Robert Harris). L’Allemagne nazie a gagné la seconde guerre mondiale. Nous sommes en 1964. Hitler est en passe de signer un accord avec une Amérique présidée par le très conservateur Joseph Kennedy, père de John. Un policier allemand enquête sur les étranges disparitions de hauts responsables nazis qui ont participé à la conférence de Wannsee, où s’est décidée la terrible solution finale. Au fil du roman, le lecteur imagine avec stupeur la chape de plomb qui aurait pu tomber sur l’Holocauste si le cours de l’Histoire avait été différent. De quoi réfléchir sur les liens entre l’Histoire et la mémoire.

Le Maître du haut-château (Philip K. Dick). C’est un classique, récemment adapté en série par Amazon (The Man in the High Castle). La Seconde guerre mondiale a été remportée par les Allemands et les Japonais, qui occupent le pays. En Europe, les allemands ont développé l’arme atomique, les Russes ont perdu la bataille de Stalingrad et l’Angleterre a capitulé. Dans une subtile mise en abyme, Dick imagine un écrivain qui écrit lui-même une uchronie dans laquelle les Etats-Unis et ses alliés auraient gagné la Seconde guerre mondiale.

Chronique des années noires (Kim Stanley Robinson). Dans notre histoire, la peste noire de 1348 a vu périr entre le quart et le tiers de la population européenne. Dans cette uchronie volumineuse et érudite qui se déploie sur 700 ans, c’est la quasi-totalité de la population qui a été décimée… Et c’est la Chine et l’Islam qui s’affrontent pour développer leur culture, leur pouvoir et leur science.

Napoléon III et les aliens

La lune seule le sait (Johan Heliot). L’auteur emprunte les chemins de traverse du steampunk et de la S-F pour livrer un récit superbement maîtrisé, notamment avec un style littéraire très léché. A la fin du 19e siècle, la race extraterrestre des Ishkiss s’est associée à l’empire de Napoléon III, dictateur mégalomane maintenu en vie par la science des aliens. Parmi ses projets, rien moins que le développement d’une base lunaire construite par les bagnards et les prisonniers politiques. Parmi les résistants à la dictature impériale, on devine Victor Hugo en chef de réseau, et le personnage principal n’est autre que Jules Verne !

Roma Æterna (Robert Silverberg). Et si l’Empire romain n’avait jamais disparu, résistant aux assauts des barbares ? Et si les Hébreux n’étaient pas sortis d’Egypte et n’avaient pas fondé le judaïsme – et donc, si le christianisme n’avait pas existé ? Un regard prodigieux et flamboyant sur une Pax Romana de 1 500 ans.

Enfin, si vous cherchez des lectures plus « confortables », la BD n’est pas en reste. On pense à la série fantastique/S-F Uchronie[s] (Glénat), mais surtout à l’excellente série Jour J éditée par Delcourt.

Fabien Cluzel


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