L’ultime tome de sa trilogie Spire, Ce qui révèle, un space opéra qui a séduit des dizaines de milliers de lecteurs, vient de sortir en librairie. Sa passion : faire voyager ses lecteurs aux confins de l’espace, les plonger dans des conflits entre civilisations ou encore dans des complots à des échelles interstellaires. Lui, c’est Laurent Genefort, un de nos grands auteurs de S-F, qui a signé près de cinquante romans de science-fiction et de fantasy et remporté de nombreux prix littéraires. WeFuzz l’a rencontré entre deux portails spatio-temporels.

Dans ces gigantesques mondes que vous créez, avec des empires tentaculaires, des fédérations d’espèces intelligentes, on sent la notion d’altérité omniprésente, c’est-à-dire ce qui est « autre » que nous-mêmes mais avec lequel nous devons composer…

À mon sens, c’est l’un des thèmes les plus importants, les plus centraux de la science-fiction, et en même temps le plus difficile à traiter. Il y a trois types d’« autres » : le mutant/post-humain (l’autre issu de notre évolution), l’IA (l’autre issu de notre technologie), et l’alien. L’altérité de ce dernier est par essence plus irréductible. Pour moi, la science-fiction n’est jamais aussi bonne, aussi « science-fictionnelle », que lorsqu’elle traite de l’altérité, car l’humain n’est alors pas traité en lui-même mais par rapport à l’Autre – et à son environnement en général. La SF est une littérature du décentrement. L’alien, comme l’IA ou le mutant, permet de décentrer l’humain. C’est une démarche presque galiléenne.

D’ailleurs, dans Points chauds et Aliens, mode d’emploi, on retrouve, avec une tonalité très concrète pour ne pas dire contemporaine, les problématiques liées non seulement à la rencontre, mais à la coexistence avec des extra-terrestres…

Il y a deux manières de traiter l’alien : sur Terre, avec des récits de visites extraterrestres, voire d’invasion. C’est le cas de Points chauds, où l’humanité est confrontée à un afflux incontrôlable d’aliens ; il se pose les problématiques d’identité et de migration, de partage des ressources dans un monde fini, de chocs culturels, etc. L’autre façon de traiter l’alien est hors de la Terre ; sur d’autres planètes, l’homme est lui-même un extraterrestre et les problématiques sont différentes ; c’est le cas dans ma série Omale. Dans les deux cas, le contact m’intéresse moins que la coexistence. Dans la plupart des films, on a l’impression qu’une fois le contact réussi, c’est fini, or c’est à partir de là que cela commence à devenir intéressant !

Le cinéma vous a-t-il également influencé ? Quels films en particulier ?

Je suis un cinéphage, et en matière de science-fiction le réservoir est immense. Je dirais Planète interdite de Wilcox, 2001 de Kubrick, Soleil vert de Fleisher, Tron de Lisberger, Blade Runner et Alien de Ridley Scott, Brazil de Terry Gilliam, The Thing de Carpenter… plus récemment District 9 de Blomkamp, parce que je dois m’arrêter là !

Au lycée, quel genre d’élève étiez-vous : plutôt turbulent sympa, paresseux, insolent… ?

J’étais la figure type du geek maigrichon à lunettes, appliqué, solitaire et introverti, passionné par l’informatique et les cultures de l’imaginaire.

Quels conseils donneriez-vous à des ados qui voudraient se lancer dans l’écriture, avec l’espoir d’être un jour édités ?

Déjà, terminer votre histoire et la faire lire autour de soi, et ne pas hésiter à reprendre son ouvrage : être écrivain est un métier, avec des techniques à acquérir. Si l’on est sûr(e) de son texte, ne pas être timide et l’envoyer à un éditeur, après être allé(e) consulter sur son site les modalités de présentation et d’envoi. Par ailleurs, le net est un merveilleux outil, il regorge de d’associations (Cocyclics, pour n’en citer qu’une), de podcasts (Procrastination, pour n’en citer qu’un) et de vlogs très bien faits (celui de Samantha Bailly, pour n’en citer qu’un) pour les apprentis écrivains : allez-y !

Votre citation préférée ?

Les deux derniers vers du Voyage de Baudelaire : « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ? Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau ! »

Propos recueillis par Fabien Cluzel.

Retrouvez l’intégralité de cette interview dans Vivre au Lycée du mois de juin.

On vous qualifie d’auteur de Space Opera et de livres-univers. Pouvez-vous définir ces termes pour nos lecteurs qui n’en seraient pas familiers ?

Laurent Genefort : Le space opera désigne un type de récit qui se déroule dans l’espace et sur d’autres planètes, dans un avenir souvent lointain ; la vraisemblance scientifique peut énormément varier (quasi nulle dans Star Wars, très élevée chez des auteurs comme Isaac Asimov ou Larry Niven), mais dans tous les cas, la rupture avec notre Terre contemporaine doit être consommée. Le livre-univers est une branche du space opera. (Dans la science-fiction, on adore classer les genres !) Il confère à la planète où se déroule l’action une place centrale ; l’exemple le plus connu de livre-univers est Dune de F. Herbert.

Dans ces gigantesques mondes que vous créez, avec des empires tentaculaires, des fédérations d’espèces intelligentes, on sent la notion d’altérité omniprésente, c’est-à-dire ce qui est « autre » que nous-mêmes mais avec lequel nous devons composer…

 

« La S-F permet de traiter l’humain non en lui-même, mais par rapport à l’Autre »

 

À mon sens, c’est l’un des thèmes les plus importants, les plus centraux de la science-fiction, et en même temps le plus difficile à traiter. Il y a trois types d’« autres » : le mutant/post-humain (l’autre issu de notre évolution), l’IA (l’autre issu de notre technologie), et l’alien. L’altérité de ce dernier est par essence plus irréductible. Pour moi, la science-fiction n’est jamais aussi bonne, aussi « science-fictionnelle », que lorsqu’elle traite de l’altérité, car l’humain n’est alors pas traité en lui-même mais par rapport à l’Autre – et à son environnement en général. La SF est une littérature du décentrement. L’alien, comme l’IA ou le mutant, permet de décentrer l’humain. C’est une démarche presque galiléenne.

Quel regard portez vous sur le transhumanisme (corps bardés de puces et de technologies auxiliaires) ?

Il est de bon ton de fustiger le transhumanisme, présenté comme une simple lubie de riches – certes, pas totalement à tort. Son plus gros défaut est à mon sens de négliger l’aspect écologique. Mais tout un pan de ce mouvement est humaniste, avec au centre le contrôle de l’individu sur son propre corps ; la redéfinition sous-tendue de l’humain en tant qu’être « autoprogrammable » est plein de potentialités. Certains projets de sociétés m’effraient bien davantage…

Les auteurs qui vous ont influencé sont également très nombreux… Pouvez-vous n’en citer que cinq, avec un titre pour chacun ?

Isaac Asimov (les Robots), Stanislas Lem (Solaris), Frank Herbert (Dune), Stefan Wul (Noô), William Gibson (Neuromancien).

Selon vous, quels sont les classiques de SF indispensables à la culture générale, accessibles à tous et plausibles d’un point de vue scientifique ?

Pour la proto-SF [Courant des ouvrages fantastiques ou d’anticipation qui a précédé la SF de la seconde moitié du XXe siècle], je pense que la lecture d’au moins un Jules Verne (Voyage au centre de la Terre ou Autour de la lune ont ma préférence) s’impose, tout comme J.H. Rosny aîné (Les Xipéhuz ou La Mort de la terre). Et le Frankenstein de Mary Shelley, of course. Pour l’après-guerre, des auteurs comme Isaac Asimov, Arthur C. Clarke ou Robert Heinlein me paraissent indispensables, quel que soit le titre. Récemment, l’auteur de « hard science » le plus intéressant au monde reste selon moi Greg Egan ; certaines de ses nouvelles sont disponibles gratuitement sur le net ; attention, il s’agit de spéculations stratosphériques, ce n’est donc pas accessible à tous, mais c’est le prix pour avoir ce qui se fait de mieux dans le genre.