« L’un de nos grands domaines d’intervention pour 2018 est de s’assurer que le temps que nous dépensons tous sur Facebook est du temps bien dépensé ». Le 11 janvier, Mark Zuckerberg a annoncé, sur sa page Facebook personnelle, un changement profond de la façon dont fonctionne son réseau social.

Selon Mark Zuckerberg, les utilisateurs de Facebook vont bientôt avoir accès à un fil d’actualité leur présentant plus de contenus partagés par leur famille et leurs amis, et moins d’informations issues des médias et des entreprises privées.

Cette annonce est-elle le fruit d’une réflexion de fond, ou est-elle une réaction aux prises de position de plus en plus fréquentes d’anciens dirigeants du web mondial sur les « monstres » qu’ils ont développé ?

Feedback dopaminergique

Le 6 octobre dernier, Justin Rosenstein, ancien ingénieur de Facebook et créateur du bouton Like, s’est inquité dans The Guardian d’une possible dystopie numérique, déclarant « Our minds can be hijacked », « Nos cerveaux peuvent être détournés ».

Le mois dernier, c’est Chamath Palihapitiya, ancien vice-président pour la croissance des utilisateurs de Facebook, qui a mis en garde, lors d’une conférence prononcée à la Stanford Graduate School of Business, sur les conséquences imprévues des médias sociaux : « Je pense que nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social de la société. À terme, les boucles de feedback dopaminergiques que nous avons créées détruisent le fonctionnement de la société ».

Selon lui, des interactions telles que « aimer » une photo ou favoriser un tweet sont une gratification à court terme, mais certainement pas la base d’une communication et de relations significatives entre les individus.

A peu près au même moment, toujours en décembre dernier, des têtes pensantes de Facebook ont publié une lettre ouverte inattendue.

Consommer des mises à jour sans intérêt

« Les gens passent plus de temps sur les médias sociaux, beaucoup se demandent si ce temps est bon pour nous. Est-ce que les gens se connectent de manière sensée en ligne ? Ou sont-ils simplement en train de consommer des mises à jour sans intérêt et des mèmes* polarisants au détriment du temps passé avec des êtres chers ? »

C’est par ces questions que débute la lettre publiée le 15 décembre et co-signée par David Ginsberg, directeur de recherche chez Facebook, et sa collègue Moira Burke.

« En tant que parents, chacun d’entre nous s’inquiète du temps d’antenne de nos enfants et de ce que la connexion signifiera dans 15 ans. Nous nous inquiétons également de passer trop de temps sur nos téléphones alors que nous devrions faire attention à nos familles. L’une des façons de lutter contre nos conflits intérieurs est de faire des recherches – de voir ce que les autres ont trouvé, de conduire les nôtres et de poser des questions lorsque nous avons besoin d’en savoir plus. »

Dans leur longue lettre, leur réponse se résume en substance à une logique simple (simpliste ?) : tout dépend de la manière dont vous utilisez la technologie qui est mise à votre disposition.

Cette lettre a suscité beaucoup de réactions déplorant le cynisme de Facebook et sa manière de rejeter la responsabilité de l’usage du réseau social sur les seuls consommateurs.

Le mieux pour se faire une idée, est encore de lire cette lettre… sur la newsroom de Facebook.

F.C.

* Un mème est une idée, un comportement ou un usage culturel qui se reproduit par réplication sociale (transmission orale, écrite, ou gestuelle).